Exorciser mes vieux démons...

Maison maléfique?


[Vieillerie]


J'ai déménagé courant janvier 2006 dans ma nouvelle maison. Déjà, ça tombait pendant mon anniversaire. Je voulais fêter mes 20 ans dignement, et bien je les ai passé dans les cartons.

La veille du déménagement, les vitres avaient été cassées dans la nouvelle. Du coup, le jour J, les ouvriers réparaient les vitres, et tous les cartons ont été stockés dans le garage au lieu d'aller directement dans les chambres. Inutile de dire que la plupart des cartons sont restés en bas ; seuls les trucs les plus importants ont rejoint les chambres. Aucune motivation pour remonter tout.

Pendant deux mois, aucune connexion à internet (soit dit en passant, ça ne s'est pas tellement arrangé depuis). Je ne suis pas une accro du net, mais quand même, passer deux mois sans, c'est un supplice. D'autant plus que je devais chercher mon stage, et bonjour la galère sans le net!

13 mai 2006. Je veux bien me guérir de ma phobie du chiffre 13, mais encore faudrait-il qu'il ne soit pas associé à des évènements que je préfère oublier. Et encore, c'était un samedi, je n'ose même pas imaginer ce que ça aurait été si ça avait été un vendredi (ridicule, je sais... mais que voulez-vous, chacun ses superstitions...).
Grosse pluie torrentielle. Débordement des égouts. Un mètre d'eau dans le garage.
Je rappelle au passage qu'on n'avait pas trouvé le temps ni l'envie pour remonter les cartons dans les chambres et que une bonne partie des affaires était encore dans le sous-sol.


Non, l'image ci-dessus n'est pas la photo d'une quelconque déchetterie, mais un aperçu de l'inondation après avoir vidé l'eau. Ce fut un coup dur. Vous me direz, ce n'est que du matériel. Mais quand on s'accroche à ses souvenirs et ce qu'on possède à défaut d'autre chose, et bien c'est un drame.

Résumons les pertes :
- Quasiment toutes mes photos et négatifs (bouffés eux aussi par les bactéries, je ne peux même pas faire retirer les photos...). Je dois remercier la révolution des appareils numériques...
- Quasiment tous mes CD, dont certains non retrouvables.
- Quasiment tous mes livres, dont certains rares, dédicacés ou épuisés.
- Quasiment tous mes cahiers de vacances. Vous savez, les carnets de voyage qu'on fait pour se souvenir de ce qu'on a fait... J'en faisais depuis que j'étais toute petite, donc imaginez une trentaine de cahiers anéantis par les eaux.
- Une bonne partie de mes dessins et mon matériel de dessin
- Quasiment toutes mes lettres
- Toute ma collection de timbres (récupérée de mes grands-parents)

Je passerai les détails sur les appareils, sur les babioles cassées ou sur les souvenirs divers que j'ai perdus.
Le pire dans tout ça, c'est que les trucs auxquels je ne tenais pas plus que ça sont restés intacts. Je me retrouvais avec une avalanche de conneries... (du coup, j'ai tout jeté rageusement :/).
Sans compter bien sûr les gens dans la rue, soit-disant compatissants. Ou les sans-gêne qui voulaient récupérer des trucs qu'on avait laissé sur le trottoir. C'est fou le nombre de gens que j'ai maudit sur 70 générations ce jour là...

Je suis restée muette pendant deux jours, bien au chaud sous ma couette. Mais l'odeur persistante des égouts est restée pendant un bon mois, malgré toutes les désinfections. Dur d'oublier... D'ailleurs, plus d'un an après, les cartons rescapés sont toujours dans le garage...
J'avoue que j'ai eu du mal à m'en remettre. Si on peut dire que je m'en suis remise.
Depuis ce jour, moi qui ne portais pas tellement cette nouvelle maison dans mon cœur, je n'ai qu'une hâte : partir.

On passera ensuite les détails des fuites d'eau, des coupures de net intempestives, des appareils qui déconnent, des portes d'entrée qui ne s'ouvrent pas etc...
Vivement que je termine mon année d'étude, que je gagne ma vie et que je me taille. Pourquoi la vie à Paris est-elle si chère..?

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Il y a des jours comme ça...

[Vieillerie]

Allez, on va commencer par une petite note positive : mon net marche. Certes, cela ne fait que 10 minutes que j'ai allumé mon ordinateur, mais bon ça marche. Je croise les doigts pour que ça dure. Le Dieu du net pourrait m'accorder un petit cadeau après la journée que je viens d'avoir.

Reprenons.
Après une belle nuit d'insomniaque (oui, je ne vous avais jamais dit?), levé difficile pour un cours où j'étais totalement larguée. Déjà, c'est déprimant de se rendre compte qu'on est nul et qu'on comprend jamais rien.

J'ai perdu un bouton de ma veste et ça me fait chier pasque faut que je les rachète tous (cherchez pas à comprendre).
Pour finalement se faire voir rayer mon travail de 4 mois dans lequel j'avais mis toute mon âme en l'espace de deux minutes montre en main. Donc voilà, je suis vouée à faire de la post prod... Moi, déjà ça m'a fichu un coup, mais en plus, ce film n'est plus le mien. Et bien ils iront se faire voir.

Grosse crise de larmes. Ce genre de jour où on regarde les rails du RER avec un attrait malsain, ou qu'on se demande ce qu'on peut bien écrire dans une lettre d'adieu.
Vous me direz, oui mais voilà, c'est qu'un travail, c'est pas grave. Sauf que je suis arrivée à un stade où le moindre petit accro m'anéantit totalement. Et là, honnêtement... quelques petits cachets d'ecstasy seraient les bienvenus.



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Hana

[Vieillerie]

Bon ben... Puisqu'on est en train, autant parler d'Hana. C'était avant Diana.
Je l'ai rencontrée en 3ème, lors d'un voyage scolaire à Londres. Elle était tchèque, et était hébergée par la même famille que moi.
On s'était échangé nos adresses. Et ce fut le début d'une longue correspondance. Enfin, longue... tout est relatif.

On se parlait en anglais, je découvrais son petit monde, elle découvrait le mien. On s'échangeait des cadeaux par colis de temps à autres. Je garde d'ailleurs précieusement sa petite sorcière, son petit bonhomme et sa pierre "dream". Malheureusement, pas tous ses présents n'ont survécu au Dieu de la météo (oui, j'en parlerai de cette fichue inondation...), et sa cassette de chants de Noël tchèques est partie dans les ordures...

On avait correspondu pas mal d'années, et puis je lui ai proposé un jour de venir séjourner en France, puisqu'elle n'y avait jamais été. Je m'étais fait une joie de l'accueillir et de lui faire visiter Paris (voilà, vous savez que j'habite la capitale). Elle aussi était plutôt emballée.

Et puis, plus de réponse à mes lettres. J'ai fini par lui envoyer une carte (c'était à elle de répondre normalement), je me souviens même de comment elle était. Et j'avais fini par "write to me, please".

Quelques semaines plus tard, j'ai eu une lettre de République Tchèque. Ahh que j'étais contente! Sauf que le contenu n'était pas vraiment celui que j'espérais. Cela disait à peu de choses près :

"Dear Mona,

I received your letter for Hana. But there is something you should know. Hana died on April 30. It was a car accident. Good luck and take care."

Le tout accompagné d'un faire part de décès.

A 16 ans, premières dures épreuves de la vie. Et elle n'avait pas 17 ans.

Depuis ce jour là, je me suis fait une promesse... Aller sur sa tombe lui déposer des fleurs. J'ai fait des recherches pour trouver où elle était enterrée. Toutes aussi fructueuses les unes que les autres. Je finirai bien par y arriver...

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Diana

[Vieillerie]

Drôle de manière que de commencer un blog par un suicide. Surtout que ce n'est pas un point de départ, juste un évènement (marquant, certes...) de ma vie. Mais bon, je parle selon l'inspiration, selon ce qui me vient à la tête, selon ce que j'ai à raconter.

Bizarre que je ne l'ai pas oubliée. C'était en prépa, je l'ai connue quoi... 4 mois? Et pourtant... chaque 15 mars, je vais au cimetière Montparnasse sur sa tombe, parce que voilà, elle m'a marquée. Je sortais du lycée, c'était une nouvelle vie. Qui démarrait mal. Je n'ai jamais été aussi mal qu'en prépa. Personne avec qui me lier, mutisme profond, profonde déprime, profonde dépression. Pourtant, la déprime, je connais. Depuis mes 16 ans, je n'en sors plus.

Je m'étais lié à un groupe de connes à défaut d'autres chose. Il faut dire que les autres étaient un peu trop loufoques et "artistiques" à mon goût (voilà, comme ça vous connaissez mon domaine...). Bref, donc un groupe de filles plus ou moins normal, qui voyait que j'allais mal. J'avais même envoyé un mail de détresse à l'une d'elle qui me paraissait sympa. Jamais répondu. Salope.

Cause perdue. Et puis il y avait Diana, Guillaume et Vincent. Je me suis incrustée, et je n'ai pas été rejetée. Dressons maintenant le portrait de Diana (les autres on s'en fou, c'est pas eux le sujet). Ancienne lesbienne (on va dire bi), deux ans de plus que moi (j'en avais 17 à l'époque), petite, un peu enveloppée, calée niveau sexe, pas timide du tout, un piercing à la langue, un au nombril, un au nez, un sur un des tétons, et p'tetre un tatouage, m'en souviens plus. Mauvaises fréquentations, bilingue, adepte des soirées en boîte et autre, fumeuse, droguée sûrement, fringuée bizarrement. Avait déjà subi un avortement, venait de se faire larguer par son mec (un gros connard qu'elle ne pouvait s'empêcher d'aimer). Avait déjà fait l'amour tartinée de nutella.

Dressons maintenant mon portrait de l'époque. Vierge, pas de piercings mal placés, avais des ami(e)s somme toute très fréquentables, non fumeuse (n'avais jamais essayé), n'avais jamais touché à un joint, timide, pleine d'avenir etc. Portrait qui a bien changé soit dit en passant, mais bref, en gros c'est juste pour dire qu'on était radicalement opposée.

Et pourtant, c'est dans ce groupe que j'étais le mieux, malgré les conversations parfois épicées (ah son "masturbation intellectuelle" qui en avait fait jaser plus d'un!). Bref, je l'aimais. Pas au sens propre du terme (je suis malheureusement hétéro... je dis malheureusement, pasque question mecs, on peut dire que j'ai la poisse), mais je l'appréciais réellement. Je me souviens du jour où on avait séché la fin du cours de croquis (non non, ce n'est pas elle qui m'y a incité!), et on était allée mangé chinois. Elle m'avait raconté ses années lycée (épicées!). C'était le nirvana.

On va passer les évènements, on saute directement à janvier (d'ailleurs au passage, certains traits de mon portrait avaient changés * sifflote *). Diana ne venait plus tellement en cours. Elle en sautait beaucoup (des cours, pas des mecs... quoique), avait un retard monstre dans son boulot. Je lui ai envoyé plusieurs SMS où je m'inquiétais pour elle, ça lui avait fait plaisir. Et moi encore plus qu'elle me réponde.

Est venu le jour de mon anniversaire (voilà, comme ça vous savez que c'est en janvier). Une semaine après, je fêtais mes 18 ans avec mes anciens copains du lycée (soirée pathétique, mais bon, on passera...). J'avais prévu de le faire un peu plus tard avec Diana, Vince et Guitou (ne pas mélanger les fréquentations, imaginez le choc culturel hein...). Donc c'était un dimanche.

Le lundi, en cours, Diana n'était pas là. Je l'avais vue vendredi, et c'était la dernière fois que je l'aie vue. Lundi, journée normale. Il faut avouer que j'aurais bien aimé que Diana soit là. A la fin des cours, on rangeait notre matos après le cours de perspective. Le directeur est entré, nous retenant, et je me souviendrai toujours de ce qu'il a dit, mot pour mot (ou presque). "Je suis venu vous annoncer quelque chose. Je préfère vous le dire plutôt que vous ne l'appreniez par hasard. Diana K. ne viendra plus."

Je me souviens que mon coeur a commencé à s'emballer, comme avant un exam. Puis à toute vitesse, je m'étais imaginé qu'elle avait abandonné les cours, que ce n'était pas pour elle. Je n'imaginais pas la triste réalité.

"Elle est décédée. C'est un suicide".
Elle aurait eu 20 ans le 15 mars.
Grand blanc. Quand je suis sortie, j'essayais de parler de banalité (je me souviens une des phrases connes que j'ai sorti, genre "on a cours de truc demain?"), mais tout le monde parlait que de ça. Et je suis rentrée. Et quand je suis arrivée chez moi, j'ai littéralement fondu en larmes. On va dire, heureusement que ma maman était là. Parce que vraiment, j'étais vidée.

Le soir même, j'ai reçu un mail de son soit disant copain (ce connard...), il avait choppé les adresses mails qu'elle avait en contact et avait envoyé un mail à tous. Il avait laissé son numéro de téléphone. Ma maman l'a appelé (j'en étais bien incapable), et m'a raconté la conversation (parce que, bien évidemment, je n'écoutais pas). Elle s'était pendue. N'avait laissé qu'une lettre d'adieu à son "copain".

Et nous, on n'avait jamais vu qu'elle allait mal. Evidemment.

Je passerai les détails, la préparation de l'enterrement, Damien qui faisait la gueule et qui ne parlait plus à personne (p'tetre celui qui avait été le plus marqué avec moi), les gerbes de fleurs qu'on avait achetées (moi qui avais récolté l'argent), le fleuriste...

Le jour de l'enterrement, on voyait bien les je-m'en-foutisme qui n'étaient pas venus. Bande de salauds.

C'était mon premier enterrement. J'avoue que ça m'a fait mal, j'ai vraiment pleuré. Et quand son cercueil blanc est descendu sous terre, je vous jure qu'une partie de moi s'était envolée.

A me relire, on croirait que j'étais amoureuse d'elle. Ben non, mais elle m'a vraiment marqué. A tel point que j'avais récolté un de ses dessins et que je le gardais précieusement (qui a disparu dans cette fichue inondation dont je parlerai sûrement plus tard).

J'ai terminé mon année de prépa je ne sais comment. J'étais vraiment pressée de partir. Heureusement, j'ai réussi mon concours dans l'école que je voulais, je pouvais tout abandonner, oublier cette école. Un nouveau départ.

Et maintenant, il ne reste plus que quelques photos... et les souvenirs.

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