[Vieillerie]
Le mot "handicap" est perçu de manière bien péjorative de nos jours... Une différence qui déjà, dès la naissance, limite les voies de notre avenir. J'ai beau me considérer comme une personne normale, les autres ont beau ne rien voir de mon handicap aux premiers abords, pourtant je peux bénéficier comme je veux des conditions attribuées aux personnes dites "handicapées". Maudites soient les maladies génétiques, mon frère et moi avons hérité des mauvais gènes et sommes tous les deux malentendants. Estimons-nous heureux, on aurait pu être sourds.
Je suis censée être appareillée (je dis censé parce que je ne met qu'occasionnellement mon appareil) ; J'ai d'ailleurs été appareillée tardivement parce qu'il n'existait pas à l'époque d'appareil adapté à mon audition. Lorsqu'on ne me connaît pas, on ne remarque rien à ma perte d'audition. Bien sûr, on commence à se poser des questions quand je fais répéter trois fois la même chose, et je me fais une joie de mettre les gens dans l'embarras quand ils sortent l'éternelle question "Mais t'es sourde ou quoi?". Mais sinon, dans la vie courante... et bien je fais avec. J'essaye de lire sur les lèvres et de me concentrer...
La vie n'est pas facile tous les jours. Déjà quand quelqu'un chuchote, ce n'est pas la peine... je ne comprends rien. Quand il y a trop de bruit autour de moi, c'est pareil. Je ne vous raconte même pas comment je me sens mal quand je comprends quelque chose à côté et que je réponds n'importe quoi, ou bien quand je ne comprends rien à une conversation entre groupe et que je reste dans mon coin, muette. Une manière de se faire exclure en quelque sorte... J'ai toujours un train de retard ; Ca en amuse certains, ça les fait rire... mais ils ne se rendent pas compte que ça me fait mal. Ce que les gens ne comprennent pas non plus, c'est que si je ne parle pas beaucoup, c'est que c'est aussi à cause de ce handicap.
J'en ai de nombreuses fois souffert (être interdite de sortie dans les endroits trop bruyants, ne pas pouvoir faire de sports d'équipe, ni d'instruments à vent, prendre des médicaments toute ma vie, faire des contrôles audio régulièrement, avoir maman Mona tout le temps derrière mon dos (je précise que le destin a voulu qu'elle soit ORL... comme quoi il n'y a pas de hasard, elle l'était avant la naissance de mon grand frère), être obligée de porter des bouchons anti-bruits dans les endroits trop bruyants, ne pas avoir de baladeur, ne pas pouvoir faire de montagnes russes, etc...), et pourtant... il faut vivre avec, essayer d'oublier.
Je me souviens, en Terminale, je faisais du théâtre en anglais à l'école. C'était une comédie musicale. Le truc, c'est que c'était vraiment, vraiment très fort. A tel point que ma mère a failli aller me chercher sur scène... (je dois remercier papa Mona qui l'en a empêché). Si vous saviez tout ce que j'ai loupé et tout ce que j'ai du endurer à cause de ça... On a beau dire, la vie est bien injuste.
Bien sûr, tout n'est pas noir dans le tableau. Avoir eu un tiers temps supplémentaire au bac (1/3 de temps en plus à chaque épreuve) prévu pour les personnes dites "handicapées" m'a bien aidé (même si je n'ai toujours pas compris pourquoi j'en ai bénéficié... Je suis malentendante, oui et alors? Cela ne m'empêche pas de faire une rédaction dans le même temps imparti que les autres!). Avoir un certificat médical pour ne pas faire de sport aussi, c'est bien utile! Ou bien ça m'amuse de voir les gens faire des grimaces quand le RER arrive avec son bruit strident.
D'un autre côté, je vis normalement. Ce n'est pas comme si j'étais dans un fauteuil roulant ou bien complètement sourde.
Quoiqu'il en soit, aussi imperceptible soit-il, je suis différente. Si seulement ceux qui ne comprennent pas en quoi être malentendant peut faire souffrir pouvaient entendre comme j'entends, peut être alors différence serait moins synonyme d'indifférence...
Allez, des petits extraits issus de divers sites web (non non, c'est totalement désintéressé!) :
Comment parler aux malentendants? Source 1 et Source 2
* Attirez notre attention avant de nous parler
* Placez-vous à proximité et en face de nous (pas derrière notre dos - ni d'une autre pièce)
* Parlez normalement - sans crier
* mais avec des mots simples - articulez
* Ne soyez pas à contre-jour
* Veillez à ce que l'on ne soit pas ébloui par la lumière
* Réduisez les bruits de fond (télé-radio ...)
* Ne mettez pas la main devant la bouche
* Nous lisons sur les lèvres, si vous fumez ou mangez cela gêne à la compréhension
* Si nous ne comprenons pas, répétez sans crier, ou changez les mots
* Veillez à ce que nous ayons compris, beaucoup d'entre nous n'osent pas dire "je n'ai pas compris"
* Reformulez ce que vous avez dit afin d'éviter les mentendus. Certains mots sont plus faciles à entendre ou à lire sur les lèvres que d'autres.
* Soyez patient!
Vécu du malentendant Source
* La perte auditive, c'est d'abord connaître un défaut de communication qui induit de la part du malentendant un processus de désengagement. C'est aussi dans le vécu familial, trouver un équilibre entre la sur-protection et le "faire comme si cela n'existait pas".
* Toute personne victime d'un handicap se trouve dans un sentiment d'infériorité qui amène au repli sur soi.
* Pourtant dans la malentendance il faut éviter de renoncer, il faut essayer de s'accrocher...